By Zoe Tabary
PHULBARI, Népal – Ratna Chaudhary soulève d’une main délicate l’ourlet de sa robe rose et verte, ramassant de l’autre les choux de son jardin dans le village de Phulbari, à une douzaine de kilomètres de la frontière de l’Inde et du Népal.
Trois autres femmes, qu’elle a appelées pour l’aider, ont rejoint le mouvement qui s’apparente à une danse, et se penchent et se balancent en ramassant les légumes, les déposant ensuite dans un panier.
“Depuis que mon mari travaille en Inde, c’est à moi de m’occuper de toutes nos récoltes,” dit Chaudhary, inspectant de près deux choux avant de jeter le plus jaune au sol.
Son mari, Chatkauna, est l’un des quelques 2,2 millions de Népalais — près de 10% de la population — qui travaillent à l’étranger, selon l’Institut d’Etudes sur le Développement du Népal.
Depuis trois ans, Chatkauna a pris un emploi saisonnier pour la plus grande partie de l’année en tant que mineur dans la ville indienne de Haldwani. Cela paye plus que les emplois journaliers qu’il occupait dans sa ville d’origine. Tous les quatre mois, il retourne à Phulbari pour voir sa famille et leur donner sa paye.
La migration de travailleurs peu qualifiés est une source essentielle de revenus pour le Népal, où les envois de fonds représentent un quart du PIB.
Un exode de travailleurs masculins — en particulier en provenance des zones rurales aux prises avec des conditions climatiques qui s’aggravent — a des implications importantes pour le secteur agricole du pays, estime Madan Pariyar, directeur de projet auprès du International Development Enterprises (iDE), un groupe à but non-lucratif qui appuie les agriculteurs pauvres avec du travail et des perspectives de revenus.
“Avec les hommes partis trouver un emploi en Inde et au Moyen-Orient, peu sont là pour gérer les activités agricoles traditionnellement dévolues aux hommes,” dit-il. “Résultat, plus de femmes s’occupent des travaux agricoles.”
Chaudhary travaillait elle-aussi pour une exploitation de canne à sucre en Inde. “Nous ne pouvions pas gagner suffisamment dans notre village,” dit-elle.
Depuis les trois derniers mois, toutefois, elle a cultivé sa propre parcelle de terre et loue le reste — 1700 m2– à d’autres cultivateurs pauvres et de castes inférieures au sein du groupe ethnique “Tharu”, l’un des plus importants au Népal.