MAGOU, Niger – Surveillant de l’oeil les réserves de riz, de sésame, de mil et autres aliments dans un entrepôt aux sacs empilés tout en hauteur, Amadou Hassane est satisfait mais reste un brin anxieux au sujet de l’excédent de production de feuilles de baobab.
Avec la saison des pluies sur le point de débuter au Niger, Hassane et d’autres agriculteurs cherchent des acheteurs pour leurs feuilles avant que les pluies ne tombent, entraînant les prix à la baisse. En effet, les jeunes feuilles sortent et l’offre ne manque pas dans la région occidentale de Tillabery.
« La vie est difficile car il est presque impossible de prévoir quand les premières pluies vont tomber », explique Hassane à la Fondation Thomson Reuters. Il tient à la main la liste de la contribution de chaque petit agriculteur aux réserves du village.
«Nous avons de la chance d’avoir ce sytème de warrantage en place car cela veut dire que nous pouvons vendre quand le prix est avantageux plutôt que d’être forcé de le faire tout de suite après la récolte », a-t-il ajouté.
A cause de la pénurie d’entrepôts, beaucoup d’agriculteurs dans les pays en développement n’ont d’autre choix que de vendre leurs produits après la récolte, souvent à des prix bas car l’offre est abondante à ce moment-là.
Plus tard dans l’année, ils auront besoin d’acheter de la nourriture pour leurs familles mais durant cette « saison maigre », en attendant la prochaine récolte, les prix des grains et autres aliments sont au plus haut.
Dans des pays comme le Niger et la région africaine du Sahel, viennent s’ajouter à leurs problèmes des schémas climatiques de plus irréguliers et des chocs climatiques de plus en plus imprévisibles — comme ces inondations et sécheresses qui frappent les récoltes.
Beaucoup de cette nation de 20 millions d’habitants de l’Afrique de l’Ouest se démènent pour produire et se permettre assez de nourriture.
Mais un système de crédit rural qui fait en sorte que les agriculteurs peuvent stocker leur récolte et décrocher des prêts basés sur ces dépôts — l’argent étant versé durant la saison sèche quand les prix des récoltes et des ventes sont plus hauts — améliore la résilience au changement climatique, disent les experts.
Le système de warrantage s’inscrit dans un projet lancé en 2015, fondé par le Ministère britannique du Développement International (DFID) et mené par CARE International afin d’aider l’accès au crédit par les communautés agraires du Niger et de les encourager à diversifier leurs récoltes et les produits stockés.
« Le warrantage construit la résilience car en vendant les produits pour un profit plus élevé, vous pouvez mieux absorber les chocs climatiques et éviter d’avoir recours à des stratégies négatives pour donner le change, comme par exemple de réduire le nombre de repas par jour », dit Penda Diallo, en charge du conseil en résilience auprès de CARE.
DIVERSIFICATION CLE
L’effort de warrantage fait partie du programme BRACED qui vise à aider 450 000 personnes dans l’ouest du Niger à mieux se préparer aux chocs climatiques en améliorant leur accès aux données météorologiques et climatiques, en renforçant les associations villageoises d’épargne et de crédit et en introduisant le warrantage.
Dans le cas de cette initiative, plus de 500 personnes dans plusieurs communautés de la région de Tillabery ont entrepris de stocker des dizaines de tonnes de céréales, de légumes et des produits forestiers comestibles comme le moringa et les feuilles de baobab.